Plus jamais seule

Dans d’étranges circonstances, Leïla apprend l’existence d’un secret de famille précieusement gardé par sa défunte grand-mère.

Comme vous et moi, elle raffole des surprises, des interdits, des tabous, des énigmes qu’elle découvre. Mais osera-t-elle entreprendre le grand voyage pour percer le mystère qui enveloppe son destin?

Entre ses sorties rocambolesques avec sa meilleure amie et son métier de décoratrice, Leïla nous raconte, d’une voix légère et pleine d’humour, ses aventures surprenantes à la recherche de l’amour, du bonheur, de son destin.

 

EXTRAIT

N’en pouvant plus de la moiteur insoutenable qui finit par avoir raison de ma coquetterie – provisoirement –, je décide d’aller me rafraîchir le visage au Ladies’ room.

Je me lève, attrape mon téléphone portable, et juste au moment où je tire légèrement sur mon minuscule short à l’entrecuisse – mouvement jamais élégant peu importe toute la grâce que l’on croit y mettre – mes yeux croisent ceux d’un homme à moitié caché derrière une grosse blonde qui parle fort avec l’accent du Wisconsin en faisant de grands gestes. Un de ces êtres que, sincèrement, je préfère n’admirer que dans les magazines. Car je peux alors attribuer leur perfection physique à Photoshop et me convaincre que mon mec aussi pourrait avoir cette tête. Et le corps qui va avec ! S’il avait un entraîneur personnel, une maquilleuse professionnelle, un diététicien et un chef cuisinier à son service, tous à plein temps. Sans oublier l’équipe de photographes et de graphistes experts qui travailleraient pendant des heures à sa transformation en Mister Perfect avant de l’exhiber fièrement sur la page de couverture de GQ Magazine. Mais là, comme ça, en face de moi, je trouve ses fossettes, son regard intense, ses muscles saillants et ses cent quatre-vingt-cinq centimètres de taille franchement perturbants.

Certes, Dorian descend lui aussi de la lignée des dieux grecs mais l’herbe tendant à paraître toujours plus verte chez le voisin, cet homme m’éblouit.

Interdite, je fais involontairement une pause, la main encore malencontreusement dans mon entrejambe, en suppliant le ciel de me rendre invisible.

Ma gêne flagrante le fait sourire et révèle des dents d’une blancheur lumineuse contrastant admirablement avec sa gencive violette et sa parfaite et mate peau d’ébène.

À cette seconde précise, je me souviens pourquoi je me suis levée et visualise dans mon esprit une folle au chignon en pagaille portant un masque du genre panda de Chine, cette star internationale qui doit sa célébrité au danger d’extinction qu’encourt son espèce et non à son maquillage hors norme. Inutile de préciser que je n’en suis guère fière.

Ne sachant comment entrer sous terre, j’accélère le pas. Erreur fatale !

Pressée de disparaître et perdue dans ses yeux mi-mystérieux, mi-amusés, je marche sur un glaçon tombé d’une table voisine, pars comme sur des patins, attrapant au passage, dans un vain effort pour me stabiliser, le bras d’un pauvre serveur qui, de toute évidence, n’a pas fait sa prière du matin.

Ainsi, comme un couple de patineurs en pleine prouesse aux Jeux olympiques d’hiver, nous glissons vers les escaliers de sortie où nous terminons avec fracas notre surprenante figure acrobatique.

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